Une boîte à chaussures retrouvée au fond d’une armoire, un sachet de toile glissé dans un tiroir, une enveloppe oubliée derrière les livres de comptes du grand-père, dans une maison de famille. Les pièces de 20 francs or ressortent souvent comme ça, par hasard, après un décès ou un déménagement. Et la première question qui revient au comptoir, c’est toujours la même : qu’est-ce que c’est exactement, ce que je tiens dans la main.
Au comptoir d’or à Angoulême, nous voyons passer ces pièces toutes les semaines. Napoléons à tête laurée, Coq Marianne, Génie ailé, Cérès, Louis XVIII, Louis-Philippe. Les héritages charentais en concentrent une grande variété, héritage d’un département où l’épargne familiale en or a longtemps été un réflexe paysan et bourgeois.
La pièce de référence, toujours la même base technique
Toutes les pièces de 20 francs or françaises répondent au même standard, fixé par la loi du 7 germinal an XI, en 1803. Poids brut de 6,45 g, diamètre de 21 mm, épaisseur d’environ 1,25 mm, titre de 900 millièmes. Ce qui donne 5,805 g d’or pur par pièce.
Peu importe l’effigie, ce gramme d’or fin reste le même. Une Napoléon III lauré usée pèse aussi lourd qu’une Coq Marianne sortie d’un sachet scellé. La différence se joue ailleurs : sur ce qu’on appelle la prime, c’est-à-dire l’écart entre la valeur intrinsèque du métal et le prix de marché de la pièce.
C’est ce qui rend l’identification utile. Deux pièces de même poids n’ont pas forcément la même valeur de rachat.
Les principales effigies que vous risquez de trouver
Sur les 19 types répertoriés entre 1803 et 1914, cinq familles reviennent constamment dans les héritages du bassin angoumoisin.
Napoléon Ier, frappée sous le Premier Empire entre 1803 et 1815. Profil de l’Empereur à droite, parfois tête nue, parfois ceinte d’une couronne de laurier. Tranche striée portant l’inscription Dieu protège la France. Plus rare dans les héritages charentais, ces pièces ont souvent une valeur de collection au-delà du simple poids d’or.
Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe Ier, frappées sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, entre 1816 et 1848. Profil du roi à droite, écu couronné au revers. Ces pièces traversent les générations, on les retrouve dans des coffrets anciens du Plateau ou de Saint-Cybard.
Génie ailé, frappée sous la Deuxième République et le Second Empire entre 1848 et 1849, puis 1871-1898. Au droit, un génie ailé écrit le mot Constitution sur une table. Très reconnaissable, souvent en bon état.
Napoléon III, frappée entre 1852 et 1870. Deux variantes principales : la tête nue (1852-1860) avec le profil simple de l’empereur, et la tête laurée (1861-1870) avec la couronne de laurier. Au revers, un écu couronné encadré du collier de la Légion d’honneur sur la version laurée.
Coq Marianne, frappée entre 1898 et 1914. Au droit, le profil de Marianne signé Chaplain, drapée et coiffée du bonnet phrygien. Au revers, un coq fier marchant vers la gauche, avec en exergue la devise Liberté Égalité Fraternité à partir de 1907 (auparavant, c’est Dieu protège la France qui figure sur la tranche).
Le point qui change tout, la boursabilité
Dans le métier, on parle de pièce boursable ou non boursable. Ce mot un peu technique pèse lourd sur la valeur.
Une pièce est dite boursable quand elle est cotée officiellement et peut servir de référence sur le marché de l’or d’investissement. Pour les 20 francs français, ce statut ne concerne qu’une partie des Coq Marianne, frappées entre 1898 et 1914, à condition qu’elles soient en bon état, sans rayures profondes, sans coups sur la tranche, sans signe d’usure trop marqué.
Une pièce boursable se vend au cours du jour, avec parfois une prime quand la demande est forte.
Une pièce non boursable, ou abîmée, ou trop usée, sera elle aussi rachetée, mais sur la base du poids d’or fin uniquement, parfois avec une légère décote. Pas de mauvaise nouvelle pour autant : 5,8 g d’or à plus de 100 euros le gramme, ça reste une valeur substantielle.
Les refrappes Pinay, un cas charentais fréquent
Beaucoup de pièces Coq Marianne qu’on voit au comptoir d’achat d’or d’Angoulême ne sont pas des frappes originales. Ce sont des refrappes Pinay, produites entre 1951 et 1960 par la Banque de France, qui a réutilisé les matrices d’origine en reprenant les millésimes 1907 à 1914.
Pourquoi ça compte. Les refrappes sortent quasi neuves, avec un éclat légèrement plus cuivré que les originales, dû à un alliage plus chargé en cuivre. Elles sont parfaitement boursables et c’est d’ailleurs la pièce que les Charentais ont massivement achetée à partir des années 50, quand la Banque de France a rouvert le marché de l’or. C’est l’or de précaution qu’on trouve dans les coffres familiaux à Saint-Yrieix, à La Couronne, à L’Isle-d’Espagnac.
Si votre pièce de 1907 ou 1912 a l’air d’avoir été frappée hier, ce n’est pas un faux. C’est très probablement une refrappe, et elle vaut son cours.
Les millésimes qui n’existent pas
Petit piège qui revient régulièrement dans les héritages : les millésimes 1915 et 1916 de la Coq Marianne. Ils n’existent pas. La frappe a été interrompue en 1914 avec la guerre. Une pièce datée 1915 est forcément un faux, généralement de fabrication moderne et de qualité variable.
Au comptoir, c’est le genre de détail qu’on vérifie tout de suite. La pesée donne une première indication, et le passage au spectromètre XRF lève le doute si nécessaire.
Ce que la Charente garde dans ses tiroirs
Le bassin angoumoisin a une histoire particulière avec l’or. Département rural longtemps tourné vers la papeterie, la métallurgie légère et la viticulture cognaçaise, la Charente a vu plusieurs générations stocker des Napoléons comme épargne de précaution. Les périodes d’inflation des années 70-80, puis les crises plus récentes, ont entretenu cette habitude.
Résultat. Dans une succession à Magnac-sur-Touvre, à Mornac ou à Champniers, il n’est pas rare de tomber sur 15, 30 ou 80 pièces accumulées en deux ou trois générations. La majorité sont des Coq Marianne refrappées des années 50, mêlées à quelques Napoléon III plus anciens et, plus rarement, à des Louis-Philippe ou des Génie ailé hérités plus loin.
Les pièces étrangères restent minoritaires dans nos héritages locaux. Souverains anglais, 20 francs suisses Vreneli, 20 marks Wilhelm II apparaissent parfois, souvent rapportés de voyages d’après-guerre ou de séjours professionnels à l’étranger.
Apporter sa boîte au comptoir, ce qui se passe ensuite
Pas besoin de tout identifier avant de venir. C’est notre travail. Une boîte avec une trentaine de pièces se trie en vingt minutes : pesée individuelle sur balance certifiée par les douanes, vérification du diamètre, lecture du millésime à la loupe, identification des refrappes Pinay, mise de côté des pièces étrangères et des éventuels faux.
Chaque pièce reçoit ensuite son prix. Boursable au cours du jour pour les Coq Marianne en bon état, valeur de fonte pour les pièces très usées ou non boursables, cotation spécifique pour les rares qui présentent un intérêt numismatique.
L’estimation est gratuite, sans engagement, et se fait devant vous. Que vous veniez de Bel-Air, de Basseau ou de plus loin dans le bassin charentais, l’équipe de la Maison Française de l’Or à Angoulême, au 80 rue de Saintes, prend le temps de tout détailler. Beaucoup de clients repartent avec leurs pièces et reviennent quelques semaines plus tard, une fois la succession bouclée chez le notaire. C’est très bien comme ça.
Si vous avez une boîte de Napoléons qui dort depuis dix ou vingt ans, passez quand vous voulez, avec ou sans rendez-vous, pour une estimation au cours du jour.